TMS : faut-il vraiment s’échauffer en entreprise pour prévenir les troubles musculo-squelettiques ?
En entreprise, les échauffements collectifs sont souvent présentés comme une solution simple de prévention des TMS. Mais sont-ils réellement efficaces pour réduire durablement les troubles musculo-squelettiques liés au travail ?
TMS et échauffements en entreprise : de quoi parle-t-on vraiment ?
Les troubles musculo-squelettiques (TMS) constituent aujourd’hui la première cause de maladies professionnelles. Ils touchent les muscles, les tendons, les articulations et le système nerveux périphérique, et résultent d’une exposition prolongée à des contraintes physiques, organisationnelles et psychosociales.
Dans ce contexte, les échauffements en entreprise, souvent proposés en début de journée, se sont largement diffusés comme une réponse visible et accessible à la prévention. Mais que valent-ils réellement d’un point de vue santé ?
Les bénéfices des échauffements en entreprise sur le collectif et la prévention
Lorsqu’ils sont mis en place, les échauffements collectifs envoient d’abord un signal fort : la santé des collaborateurs est reconnue comme un enjeu central du travail. Ils participent ainsi à valider et renforcer une culture de prévention, en rendant le corps et le mouvement légitimes dans le temps professionnel.
Ces temps offrent également un moment de prise de conscience corporelle et mentale. Avant même d’entrer dans l’activité, chacun peut évaluer son état du jour : raideurs articulaires, fatigue musculaire, douleurs latentes, niveau de stress ou de concentration. Ce “check-up” informel favorise l’écoute de soi et peut prévenir certaines mises en contrainte excessives.
Enfin, les échauffements ont un impact positif sur la cohésion d’équipe. Partager un temps de mouvement, sortir du cadre strict de la tâche et vivre une expérience commune renforce le lien social et la dynamique collective, éléments essentiels du bien-être au travail.
Les principales limites des échauffements en entreprise
Ces bénéfices ne doivent toutefois pas masquer des limites majeures, qui expliquent pourquoi les échauffements matinaux, à eux seuls, ne suffisent pas à prévenir les TMS.
La première limite est celle du groupe. Un protocole collectif ne peut pas répondre à la diversité des profils : antécédents médicaux, capacités physiques, âge, douleurs existantes ou niveau d’activité. Un mouvement bénéfique pour certains peut devenir inadapté pour d’autres.
La question du moment choisi, souvent le matin, mérite également d’être posée. Le corps n’est pas toujours disponible à l’effort en début de journée : raideur articulaire, déficit de concentration ou fatigue, ou encore manque de temps et de motivation peuvent limiter les effets attendus, selon les individus et les types de postes. Il peut également exister un décalage temporel entre le moment où l’échauffement est réalisé et la prise de poste effective, réduisant ainsi son intérêt physiologique lorsque l’activité professionnelle débute bien plus tard.
Enfin, l’absence de personnalisation en fonction des tâches réelles constitue une limite centrale. On ne conseille pas de la même manière un salarié exposé à des gestes répétitifs, à des ports de charges, ou à du travail statique. Sans lien direct avec les contraintes du travail, l’échauffement perd une grande partie de son efficacité préventive.
Une approche de prévention des TMS plus adaptée et durable
Pour que l’échauffement devienne un véritable outil de santé, il doit s’inscrire dans une démarche plus globale, centrée sur l’humain et le travail réel.
Les ateliers TMS des Actiphiles permettent justement de dépasser le modèle standardisé : les collaborateurs y découvrent des routines pertinentes, explorent le mouvement et deviennent acteurs de leur prévention, en construisant des solutions adaptées à leurs besoins et à leurs contraintes.
Lorsque l’objectif est d’aller plus loin, un audit TMS permet d’évaluer finement les situations de travail, les capacités des salariés et les facteurs de risque, afin d’adapter pleinement la stratégie de prévention et d’inscrire les actions dans la durée.
Ces actions peuvent s’inscrire dans une démarche globale de prévention santé en entreprise.
En matière de TMS, il n’existe pas de solution universelle. Il existe en revanche une certitude : une prévention efficace repose sur des actions réfléchies, individualisées et intégrées dans une compréhension globale du corps, du travail et de l’humain.
Article rédigé par Manon BUREL, Marine VAZART, kinésithérapeutes diplômées, spécialisées en prévention.



